“Je me colonise” : le livre qui nomme ce que l’Afrique évite de dire

L’Afrique n’est plus colonnisée par les armes. Elle l’est par les choix. Cette phrase, provocatrice et précise, ouvre l’ouvrage d’Aboubacar Yacouba Maï Birni, Directeur des Opérations de l’Africa Cybersecurity Resource Centre (ACRC). Son titre : “Je me colonise — L’Afrique face à sa deuxième indépendance, numérique, économique et civilisationnelle”. ECPI a l’honneur d’accueillir la présentation de ce livre le samedi 20 juin 2026, à Dakar. Une rencontre ouverte à tous.

Avant d’y aller, voici pourquoi ce livre tombe au bon moment.

 

Une dépendance silencieuse, et souvent volontaire

 

Chaque fois qu’une administration africaine signe un contrat cloud avec un opérateur étranger, chaque fois qu’une entreprise adopte un logiciel propriétaire dont elle ne maîtrise ni le code ni les conditions d’accès, chaque fois qu’un État héberge ses données sur des serveurs situés à l’extérieur de ses frontières, une décision est prise. Librement. Et cette décision a un prix.

Le Cloud Act américain, par exemple, autorise les autorités américaines à accéder à des données stockées sur des serveurs étrangers, dès lors qu’elles sont détenues par des entreprises américaines, y compris au Sénégal. Ce n’est pas une faille. C’est la loi. Et beaucoup de pays africains continuent de signer des accords avec ces opérateurs en connaissance de cause, ou sans l’avoir suffisamment pesé.

Selon les rapports de la Commission économique pour l’Afrique et des Nations Unies, le continent ne génère ou ne stocke qu’entre 1 % et 3 % des données mondiales. (CEA/ONU) Le reste transite, est traité, analysé et monétisé ailleurs. Ce déséquilibre n’est pas seulement technique : il est économique, stratégique, et, comme le pose Maï Birni, civilisationnel.

 

Ce que le livre dit que d’autres ne disent pas encore

 

La force du titre “Je me colonise” est dans son sujet : la première personne. Pas “on nous colonise”. Pas “les GAFAM colonisent l’Afrique”. Mais je. Le choix comme responsabilité.

C’est une rupture de posture. La plupart des discours sur la souveraineté numérique africaine placent la cause à l’extérieur : les géants technologiques américains, les politiques extraterritoriales, les déséquilibres d’investissement. L’analyse est juste. Mais elle exonère trop facilement les décideurs africains de leur part dans l’équation.

Maï Birni, depuis sa position à l’ACRC, observe au quotidien ce que les rapports statistiques décrivent : des organisations africaines qui adoptent des outils numériques sans politique de sécurité, des gouvernements qui externalisent leurs infrastructures critiques sans clause de souveraineté, des jeunes professionnels formés à utiliser des plateformes étrangères sans jamais être invités à en concevoir des alternatives.

Le livre ne propose pas un repli sur soi. Il pose une question plus utile : à quelles conditions l’Afrique peut-elle s’intégrer à l’économie numérique mondiale sans y perdre sa capacité de décision ?

 

Un débat continental qui s’accélère

 

Cette question n’est plus théorique. En avril 2026, le Salon de l’Intelligence Artificielle, de la Défense et de l’Espace (SIADE) à Abidjan a réuni plus de 15 000 participants autour des enjeux de souveraineté technologique, avec un objectif affiché : réduire de 70 % la dépendance numérique du continent d’ici 2030. (Africa24TV, avril 2026)

En mars 2026, la Déclaration d’Alger sur la souveraineté des télécommunications africaines a été officialisée à l’issue du Global Africa Tech, posant une feuille de route stratégique pour la période 2026-2030 articulée autour du contrôle des données, des infrastructures et de la sécurité face aux géants technologiques mondiaux. (Global Africa Tech 2026)

Plus récemment, en juin 2026, la conférence Mboa Tech à Douala a réaffirmé la nécessité de développer des solutions locales, avec la présentation de premières initiatives concrètes d’autonomie des données africaines. (Digital Business Africa, juin 2026)

Au Sénégal, le New Deal Technologique Horizon 2034 place la transformation numérique au cœur du développement national, en donnant la priorité aux infrastructures souveraines de données. (CIO Mag, mars 2026) La vision est là. La question est celle de l’exécution, et surtout des compétences humaines nécessaires pour la porter.

 

Pourquoi la formation est au cœur de la réponse

 

Aucune déclaration politique ne suffit sans les professionnels capables de la traduire en actes. La souveraineté numérique se construit sur des compétences : des experts en cybersécurité capables d’auditer les systèmes nationaux, des architectes d’entreprise sachant concevoir des infrastructures résilientes, des ingénieurs formés à développer des alternatives locales aux outils importés.

Le Rapport économique 2026 sur les centres de données en Afrique est clair : sans capacités locales de calcul et sans formation de talents adaptés, l’Afrique restera dépendante des infrastructures étrangères pour son développement numérique. (ADCA, février 2026)

C’est précisément ce chantier qu’ECPI poursuit depuis sa création. Former des ingénieurs et des professionnels du numérique qui comprennent les enjeux de souveraineté, pas seulement les outils. Des profils qui sauront, demain, faire les bons choix, plutôt que les choix faciles.

 

Samedi 20 juin : une conversation à ne pas manquer

 

 

La présentation de “Je me colonise” à ECPI n’est pas une conférence de plus sur le numérique africain. C’est une invitation à changer de regard. Sur ce que signifie la dépendance. Sur ce que coûte l’absence de choix conscient. Sur ce que chacun, à son niveau, peut décider autrement.

Aboubacar Yacouba Maï Birni sera présent pour présenter son ouvrage et répondre aux questions du public.

📅 Samedi 20 juin 2026, de 15h à 17h

📍 ECPI, Sacré-Cœur 1, Dakar (près de Planet Kebab)

Entrée libre.

Pour ceux qui croient que la souveraineté ne s’importe pas : rendez-vous samedi.

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